Un case study, ce n'est pas une galerie de jolis écrans. C'est une démonstration de réflexion stratégique. En tant que freelance, c'est l'outil qui fait la différence entre un prospect qui scrolle et un prospect qui prend rendez-vous. Voici comment je structure mes case studies pour qu'ils convertissent vraiment.
Pourquoi la plupart des case studies ratent leur cible
J'ai analysé des centaines de portfolios de designers. Le même schéma revient :
- Des screenshots Dribbble-style sans contexte
- Une description du livrable, jamais du problème
- Aucun chiffre, aucun résultat mesurable
- Un process générique copié-collé ("Research → Wireframes → Design")
- Zéro mention du client, de ses contraintes ou de son métier
Le client final s'en fiche que vous ayez utilisé Figma. Ce qu'il veut savoir, c'est : est-ce que vous comprenez les enjeux business et est-ce que vous savez les traduire en design ?
La structure que j'utilise sur chaque projet
Après avoir testé une dizaine de formats, j'ai stabilisé une structure qui fonctionne aussi bien pour un site e-commerce qu'une refonte SaaS.
1. Le contexte en 3 lignes
Qui est le client, dans quel marché, quelle est sa taille ? Pas besoin d'un roman. Trois phrases suffisent pour planter le décor. Par exemple : "Marque française de chaussettes premium, en croissance, qui souffre d'un site e-commerce daté freinant la conversion mobile."
2. Le problème (le vrai)
C'est la partie la plus importante. Il faut formuler le problème comme un enjeu business, pas comme une tâche de design.
- ❌ "Refonte du site"
- ✅ "Le taux de conversion mobile était 2x inférieur à celui desktop, alors que 70 % du trafic venait du mobile."
Un problème bien posé impressionne plus qu'un beau livrable.
3. Les contraintes
C'est ce qui rend votre travail crédible. Aucun projet ne se fait dans des conditions idéales. Mentionnez :
- Le budget ou le temps limité
- Les contraintes techniques (CMS imposé, stack legacy)
- Les exigences de la marque
- Les blocages internes (équipe réduite, validations multiples)
Ça montre que vous savez naviguer dans le réel.
4. La démarche, pas le process
Évitez les schémas "Discover → Define → Design → Deliver" qu'on a tous vus 100 fois. Racontez ce que vous avez réellement fait sur ce projet. Quelles décisions, quels arbitrages, quelles erreurs corrigées.
Exemple concret : "Après les premiers tests utilisateurs, j'ai supprimé l'étape de création de compte qui faisait perdre 30 % des paniers. On est passé d'un tunnel en 4 étapes à un guest checkout en 2 étapes."
5. Les choix de design justifiés
Chaque écran présenté doit répondre à une question : pourquoi ce choix ? Couleur, typo, hiérarchie, micro-interactions : tout se justifie par le problème posé en amont.
Montrez les arbitrages :
- Les options écartées et pourquoi
- Les A/B tests ou tests utilisateurs
- Les compromis avec les contraintes techniques
6. Les résultats chiffrés
Sans chiffres, un case study reste une opinion. Demandez systématiquement à vos clients les KPIs avant/après. Quelques exemples utiles :
- Taux de conversion
- Temps moyen sur une tâche clé
- Taux d'abandon de panier
- NPS ou satisfaction utilisateur
- Trafic organique post-refonte
Si vous n'avez pas accès aux chiffres, citez des feedbacks qualitatifs précis (clients, équipe, utilisateurs).
Les détails qui font la différence
Un bon case study se reconnaît à ses détails. Voici ce que j'ajoute systématiquement :
- Le before/after honnête : montrez l'existant tel qu'il était, sans le caricaturer.
- Des composants isolés : un design system, un état d'erreur bien pensé, une animation utile.
- Le mobile en priorité : 80 % des recruteurs et clients consultent les portfolios sur mobile.
- Une vidéo ou un prototype : un screenshot statique ne montre jamais la qualité d'une interaction.
- Un témoignage client : court, daté, signé avec nom et rôle.
L'erreur fatale : sur-designer son case study
J'ai vu des designers passer 3 semaines à mettre en page un case study sur un projet bâclé. C'est l'inverse du bon réflexe.
La mise en page du case study doit servir le projet, pas l'écraser. Évitez :
- Les animations gratuites qui ralentissent la lecture
- Les fonds très bruyants qui parasitent les screenshots
- Les pages à rallonge qu'on abandonne au bout de 30 secondes
Un case study qui se lit en 3 minutes et qui marque, c'est mille fois mieux qu'un essai design de 15 écrans.
Combien de case studies publier ?
Moins, mais mieux. Trois à cinq case studies bien construits valent mieux que dix projets survolés. Sélectionnez ceux qui :
- Représentent le type de mission que vous voulez attirer
- Montrent une diversité de problématiques (branding, UX, SaaS, e-commerce)
- Ont des résultats à montrer
Le reste peut vivre dans une grille "Selected work" sans page dédiée.
Ma checklist avant de publier
Avant de mettre un case study en ligne, je vérifie :
- Le problème est-il formulé en termes business ?
- Mes décisions sont-elles justifiées ?
- Y a-t-il au moins un résultat chiffré ou un témoignage ?
- Le case study est-il lisible en mobile ?
- Est-ce qu'un non-designer comprendrait l'histoire ?
Si vous cochez ces cinq cases, vous avez un case study qui travaille pour vous 24/7. C'est ce qui fait qu'un client arrive en rendez-vous déjà convaincu, et qu'il ne reste plus qu'à parler budget et délais.







